Communication et exploration spatiale, sur un air de tango-charlie (1/2)

« Houston, we have a problem ! » Comme tout le monde le sait (si, si), le mois d’avril est riche en anniversaires significatifs pour la conquête de l’espace : le premier vol habité de Gagarine a décollé le 12 avril 1961 de Baïkonour ; deux jours après, JF Kennedy lançait la course à la Lune. Le 11 avril 1970, c’est le décollage de la mission Apollo 13 (illustrée à l’écran par le film éponyme de Ron Howard). La première station spatiale en orbite, Saliout 1, a été lancée le 19 avril 1970 – elle restera un an et demi en orbite avant d’être détruite (volontairement). Enfin, le 12 avril, toujours, mais en 1981, la navette Columbia effectue son premier décollage…

 L'agence de communication Nostromo s'intéresse à la communication sur la conquête de l'espace
Infographie créé par Sean McNaughton et Samuel Velasco pour National Geographic

Bref, un mois particulièrement riche en premières. Et une occasion de se plonger sur l’évolution de la communication sur la conquête de l’espace – et sur l’influence que cela a eu sur les programmes eux-mêmes.

Les premières années – nous partons de la deuxième moitié du XXème siècle – furent celles de l’enthousiasme pionnier. Une nouvelle frontière s’ouvrait, et même si les inconnues étaient paradoxalement moins nombreuses que lors des premières circumnavigations, l’espace était chargé d’une telle aura – ayant été l’objet de fantasmes divers depuis l’Antiquité – que la fièvre exploratrice est montée au maximum. (Pour donner une idée de l’état d’esprit plus qu’inventif et un peu perdu de l’époque, une lecture de l’Étoffe des Héros, de Tom Wolfe, s’impose, où à défaut voir le film).

La communication sur la conquête de l'espace étudiée par Nostromo agence de communicationLa communication de l’époque repose sur des codes simples, renforcés par un prisme politique fort : d’un côté comme de l’autre du rideau de fer, il fallait, pour l’honneur de la mère patrie/du pays, battre ces cochons de capitalistes/bolcheviks dans la course à l’espace. Patrie, métaphore de guerriers et de héros – et ce jusque dans le nom des prgrammes : Apollon est le dieu du soleil, et Soyouz veut dire union -, les contrastes sont forts et se déclinent facilement ; il suffit de jouer sur une partition bien connue. La conquête spatiale ne connaîtra jamais une meilleure presse, ni un meilleur retentissement auprès du public. L’avantage de la rhétorique guerrière, c’est qu’elle permet un contact immédiat et viscéral avec M. Tout-le-monde, avec une efficacité rarement atteinte.

L’arrivée des premiers astronautes sur la Lune constitue un tournant, mais n’arrête pas la rhétorique guerrière pour autant ; elle se focalise alors sur l’occupation du ciel – les stations habitées et la fameuse « guerre des étoiles » de Reagan. Mais déjà, on note que les vols habités ne suscitent plus la même excitation qu’auparavant ; l’humanité s’est habituée à l’idée que, là-haut, il y a quelques uns de ses représentants enfermés dans un cylindre de métal.

La chute de l’URSS est un vrai point de rupture. Tout d’un coup, plus d’ennemis ; l’espace redevient une zone de coopération internationale, et pendant plus d’une décennie, la grande majorité de l’actualité spatiale consiste en des lancements de satellites. Encore. Et encore. Et on a beau faire, personne n’est excité par le lancement d’un n-ième machin en métal labellisé ‘communications’, même si les résultats sont essentiel à notre société d’aujourd’hui (télécommunications, internet, GPS…) Il y a bien sûr quelques exceptions, comme le lancement du télescope spatial Hubble et ses réparations, mais il s’agit de rares pointes d’intérêt dans un paysage globalement morne.

Nostromo, agence de communication, explore les liens entre communication et exploration spatialeEt la communication s’en ressent. Moins engageante et engagée, elle se concentre sur des avancées scientifiques qui laissent froide la grande majorité du public. Coïncidence (ou pas), c’est également à cette époque que les budgets commencent à se réduire de façon drastique. C’est alors qu’apparaît le nouveau mot d’ordre de la NASA : « Faster, Better, Cheaper » (« plus vite, mieux, moins cher ») qui fait preuve d’efficacité – mais pour le glamour, on repassera. Avec la diminution des budgets, les vols habités deviennent de plus en plus rares ; et on a beau dire, enlever l’élément humain n’aide pas à rendre la conquête spatiale plus sympathique au yeux des profanes. L’espace devient de plus en plus une affaire commerciale, et le grand public n’est pas concerné directement.

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