Faut-il changer les hymnes nationaux ?

Nostromo, agence de communication, se penche sur la communication par les hymnes nationaux

En ces temps de Coupe du Monde, tout le monde a pu découvrir – ou redécouvrir – les hymnes nationaux des divers pays participants, entonnés virilement par les supporters et de façon un peu plus déconcentrée par les joueurs (qui ont d’autres choses en tête). On a tendance à un peu les oublier, ces hymnes, alors qu’en un sens, avec le drapeau, ils font partie des premiers éléments de la communication d’un pays à l’international (nous n’y prêtons pas une grande attention en France, mais ce n’est pas le cas pour d’autres pays). Et, pour la plupart, ils datent d’un ou deux siècles. En tant que tel, ne faudrait-il pas les réactualiser de temps en temps ? La Suisse, qui a adopté le sien en 1981, a récemment décidé – non sans débat – de procéder à un renouvellement, l’hymne actuel étant jugé compliqué, lent, et peu connu. La question, si elle est délicate politiquement, constitue un exercice de marketing intéressant – angle sous lequel nous, Nostromo, en tant qu’agence de communication, nous voulons la traiter.

Le problème posé par la Marseillaise est d’un autre acabit que celui posé par l’hymne suisse. Il ne s’agit pas de méconnaissance, mais de sens : le texte de notre Marseillaise préférée – comme celui de nombre d’autres – est d’une rare violence (au point d’être souvent considéré comme l’un des hymnes les plus violents de la planète). Tout le monde se souvient au moins du premier couplet, mais voici, pour rappel, l’intégralité des paroles :

Allons enfants de la Patrie
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L’étendard sanglant est levé
Entendez-vous dans nos campagnes
Mugir ces féroces soldats?
Ils viennent jusque dans vos bras.
Égorger vos fils, vos compagnes!

Aux armes citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons

Que veut cette horde d’esclaves
De traîtres, de rois conjurés?
Pour qui ces ignobles entraves
Ces fers dès longtemps préparés?
Français, pour nous, ah! quel outrage
Quels transports il doit exciter?
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage!

Quoi ces cohortes étrangères!
Feraient la loi dans nos foyers!
Quoi! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fils guerriers!
Grand Dieu! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres des destinées.

Tremblez, tyrans et vous perfides
L’opprobre de tous les partis
Tremblez! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix!
Tout est soldat pour vous combattre
S’ils tombent, nos jeunes héros
La France en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre.

Français, en guerriers magnanimes
Portez ou retenez vos coups!
Épargnez ces tristes victimes
À regret s’armant contre nous
Mais ces despotes sanguinaires
Mais ces complices de Bouillé
Tous ces tigres qui, sans pitié
Déchirent le sein de leur mère!

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre!

Amour sacré de la Patrie
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie
Combats avec tes défenseurs!
Sous nos drapeaux, que la victoire
Accoure à tes mâles accents
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire!

Bien sûr, ce texte est à comprendre dans son contexte révolutionnaire, et les strophes du milieu sont, dans ce contexte, particulièrement limpides. Il s’agit, indéniablement, d’un trésor de l’Histoire de la France, et qui en tant que tel doit être conservé. Mais la question que nous posons aujourd’hui est différente. Si on la considère comme un jingle, force est de constater que les valeurs défendues ne sont plus vraiment d’actualité, sauf sur un terrain de sport (et encore), voire même sont quelque peu répulsives : on ne parle pas de l’attractivité de notre modèle économique et social, de nos beaux paysages, de notre richesse culturelle, mais d’égorger nos ennemis. Pour un pays d’Europe de l’Ouest à l’aube du XXIème siècle, on a trouvé plus vendeur. D’un pur point de vue marketing, la Marseillaise, parfaitement adaptée à son époque, a fait son temps.

En pratique, il est délicat, cependant, de renoncer à un symbole aussi fort. C’est pourquoi il pourrait être intéressant de doter le pays de deux hymnes nationaux : l’un resterait la Marseillaise, iconique, et l’autre fonctionnerait plus sur le principe d’un tube de l’été, et serait remplacé à une fréquence régulière. Cette méthode offrirait en plus le considérable avantage d’énerver les partis à tendances trop nationalistes…

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