Malthus et les grillons (1/2)

Le fantôme de Malthus peut, le cœur léger, se diriger vers son repos final. Son fameux principe – selon lequel la population croît plus vite que la production -, communiqué vers 1849 et mis à mal pendant quelques décennies par l’apparition des engrais et des manipulations génétiques, revient au goût du jour. Les réserves de nourriture se vident, et coûtent de plus en plus cher à exploiter ou à créer. Et avec des projections pas spécialement catastrophistes de la population mondiale, à 8 milliards d’humains en 2050, il va être de plus en plus difficile de nourrir tout le monde : moins de marge, trop de ressources nécessaires, et puis, à cela il faut rajouter la pollution, les gaz à effet de serre… La balance des dépenses n’est plus en faveur d’une alimentation comme celle que nous connaissons, basée sur un apport de glucides, protéines, et lipides provenant principalement des animaux d’élevage.

La FAO (Food and Agriculture Organisation) signale depuis une quinzaine d’année le problème de la réduction des réserves alimentaires naturelles tout en soulevant le problème de la nécessite de nourrir de façon plus ou moins juste et équilibrée la population du globe. Une piste de résolution du problème tient en un terme (barbare pour la plupart des cultures occidentales) : l’entomophagie, se nourrir d’insectes – entomo : du grec entoma, insectes, et phagie : du grec fagos, glouton. Les recettes fleurissent sur internet : terrine de grillons, ragoût de sauterelles, suprême de larves ou criquets créoles… Malgré cela, la promotion et la communication autour de la nourriture entomique est pauvre. La viande et les légumes représentent encore plus ou moins 80% de la nourriture consommée en Europe et aux USA.

 

Nostromo, agence de communication, s'interesse à l'entomophagie et au manque de communication sur ce sujet
Photo © Victor Grandgeorge 2013

 

Trop chère, ma viande ?

Selon Doan Bui, journaliste au Nouvel Observateur, « il faut 25 000 litres d’eau pour produire 100 grammes de bœuf ». Un chiffre obtenu en prenant en compte la soif du bovidé, évidemment, mais aussi sa nourriture… Selon la même méthode, il faut 6 000 m3 d’eau pour une tonne de porc et 738 m3 pour du lait. Or, comme nous l’assène la communication media de ces dernières années, l’eau potable commence à manquer. Elle est même censée manquer pour une partie de la population mondiale à l’horizon 2050 (sans compter le problème inhérent aux régions désertiques africaine, russe ou sud-américaine). L’alimentation à outrance typique du XXe siècle ne peut être maintenue.

A titre de comparaison, dans 100 grammes de chenilles séchées, il y a environ 53 g de protéines, 15g de lipides et 17g d’hydrates de carbone. Leur valeur énergétique s’élève à environ 430Kcal pour 100 g. Les insectes présenteraient un apport proportionnellement plus important de protéines et de lipides que le bœuf et le poisson, avec une forte valeur énergétique. Selon les espèces, les chenilles sont riches en minéraux tels que le potassium, le calcium, le magnésium, le zinc, le phosphore et le fer ainsi que diverses vitamines. La recherche montre que 100g d’insectes bien choisis (« un plateau entomique de saison en entrée, ça vous dit ? ») couvrent plus de 100% des apports journaliers recommandés en minéraux et en vitamines.

En utilisant les ressources appropriées, soit 1 000 fois moins importantes que pour un bœuf, les insectes apporteraient à l’humain une nourriture équilibrée, largement à la hauteur des indications posées sur les paquets de céréales (le repère de l’homme célibataire lambda). Les insectes sont une source quasi inextinguible de protéines, de vitamines et de glucides. L’essentiel, ce qui permet de faire fonctionner nos neurones et nos muscles, pourrait provenir de la nourriture entomophage.

Un obstacle économique, et de taille, se dresse cependant sur le chemin de l’entomophagie : les lobbys de la viande, qui refusent évidemment cette « nouvelle » source de nourriture qui leur ferait grandement concurrence.

De plus, nos oreilles, nos goûts, nos yeux et finalement nos estomacs n’ont pas été éduqués pour recevoir des insectes dans nos assiettes.

 

Nostromo agence de communication s'est penchée sur le fait de manger des insectes, l'entomophagie
Photo © Victor Grandgeorge 2013

 

La suite à la fin de la semaine…

Cet article est d’abord paru sur notre ancien blog, plus précisément . Vous êtes fortement encouragés à y jeter un oeil !

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